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La Bibliothèque de La Fossoyeuse

Joëlle de Corte, Romancière, vous fait entrer dans son monde...

Début Tome 2 : "De nouveaux horizons !"

 À mon cher et tendre époux Laurent
 qui m’assiste, m’encourage et me soutient,
 
À mes fils Guillaume, Alexandre et Richard,
mes trois plus belles réussites !

 
 
UNE TRAVERSÉE MOUVEMENTÉE
juin 1667
Elle vit le Palazzo s’éloigner doucement, Franck dirigeait la gondole vers un coin reculé de la ville afin que Générosa se nourrisse abondamment avant de monter à bord du navire qui l'éloignerait de Venise. Ils firent une halte et chassèrent ensemble. Rassasiés l’un comme l’autre, ils reprirent la gondole que Franck dirigea cette fois vers le navire qui allait emporter sa nièce loin de leur famille. 
Arrivés à destination, ils s’embrassèrent rapidement, Générosa ne voulant pas s’appesantir sur ces adieux s’écarta de Franck. Depuis leur départ du Palazzo, d’un commun accord, hors le clapotis de l’eau et les hypnotismes réalisés lors de leur chasse, le silence avait été constamment présent. Franck le rompit brièvement en murmurant à son oreille, tout en caressant tendrement ses cheveux qu’elle avait laissés lâches sur ses épaules :

 -  Reviens-nous vite, ma nièce chérie ! Profite de ce voyage, fais tes expériences, apprends tout ce que tu peux, n’oublie pas de prendre garde à toi, mais surtout... Il marqua un temps de pause très bref et d’une voix étranglée poursuivit, surtout souviens-toi du chemin de retour vers ceux qui t’aiment tendrement et à qui tu vas manquer atrocement… Ma chérie, nous t’attendrons tous impatiemment !

Elle l’embrassa à nouveau sur la joue, ne se sentant pas la force de répondre, ayant peur de fondre en larmes dans ses bras. Franck l'ayant compris lui proposa sa main et l’aida à quitter la gondole. Elle mit pied sur une plus grande embarcation qui allait lui permettre de rallier la première étape de son voyage, Taranto. Il lui tendit son sac de voyage et commença à s’éloigner doucement.
Générosa connaissait bien Francesco Foscolo, l'Amiral du Vésuvio, le galion vénitien[1] sur lequel elle embarquait. C’était un ami de longue date de la famille de Raffaele Moretti, étant par ailleurs le parrain de ce dernier et de ce fait visitant très souvent le jeune couple. Cette intimité avait permis à Générosa de le rencontrer à de nombreuses reprises lorsqu’il séjournait à Venise, entre deux voyages. Ces dernières semaines, lors de ses visites à son amie Giuliana, la compagne de Raffaele, ils avaient organisé tous ensemble cette traversée à bord du Vésuvio. Quiconque se serait rendu chez leurs amis pendant cette période de préparatifs aurait pu imaginer que les dispositions prises l’étaient pour l’expédition d’un objet d’art très fragile ou le déplacement d’un haut dignitaire en voyage officiel et non pour celui d’une jeune femme partant rejoindre son grand-père ! Mais cela avait été indispensable pour rassurer son amie la sachant ainsi, pour un temps, entre de bonnes mains. Giuliana était devenue nerveuse presque hystérique lorsque Générosa lui avait annoncé son projet de départ. Elle considérait Générosa comme sa meilleure amie, une sœur... La voir partir loin pour un temps indéfini la rendait si triste que pour calmer son angoisse elle s’était totalement impliquée dans les préparatifs, en parlant à l’Amiral Francesco Foscolo afin qu’il s’occupe de Générosa. Livio lui en était reconnaissant. Il avait lui aussi toute confiance en cet homme, qu’il avait découvert bon et généreux au fil de leurs rencontres. Carol ayant sondé son esprit lui avait certifié que Générosa serait en toute sécurité avec lui. Pour la seconde partie de son voyage, ils devaient se fier à Paolo, son grand-père par le sang, qui l'avait organisé sans rien leur dire… Ce qui inquiétait grandement Livio et Domenica qui le connaissaient suffisamment pour savoir qu’il pouvait fort bien oublier Générosa parce qu’une chose qu’il estimerait importante sur l’instant le retenait quelque part, après tout il avait mis tant de temps à venir voir sa petite-fille qu’ils pouvaient se permettre de douter ou d'avoir des craintes… Mais, ils comptaient sur l’amour qui le liait à Générosa et sur la présence de Kenneth à ses côtés pour le raisonner et le ramener aux réalités de la vie ! Ils avaient si peur en imaginant Générosa seule, livrée à elle-même, sans aucun soutien...
Cela agaçait Générosa, qui même si elle ne pouvait lire aussi clairement en eux que Carol, avait pu entendre certaines de leurs pensées, percevoir leurs doutes, leurs peurs et leurs angoisses. Comme si elle avait besoin de protection ! Aux yeux des hommes de cette famille, elle resterait à jamais une enfant, la jeune humaine fragile, inculte et inexpérimentée qu’ils avaient adoptée... Restants volontairement obtus, aveugles et sourds, ils oubliaient tous qui elle était devenue : une femme, une Sanguisuga suffisamment forte pour se défendre des humains, en raison de sa nature, mais aussi grâce à ses dons innés développés depuis sa transformation, ainsi qu’à l’aide de la magie enseignée par Kenneth. En comparaison, hors leurs expériences individuelles acquises lors de leurs vies humaines et Sanguisugas, elle était bien plus savante et puissante qu’eux tous réunis. Elle n’en tirait aucune gloire personnelle, ni ne mettait en avant sa personnalité exceptionnelle. Les personnes vaniteuses lui déplaisant souverainement, elle refusait d’en devenir une, sachant pertinemment que sans sa transformation en Sanguisuga, elle n’aurait jamais été aussi douée. Pourtant, elle aurait aimé de temps à autre entendre à voix haute de leurs bouches ce qu’ils pensaient d’elle, même si elle savait en son for intérieur combien ils étaient satisfaits de ses réussites, fiers de cette femme venue rejoindre leur famille… Ces trois individus de sexe masculin qu’elle côtoyait chaque jour restaient cependant réservés et totalement muets... De temps en temps, Franck amorçait un compliment, mais se reprenait bien vite en changeant totalement de sujet... S’imaginaient-ils qu’elle deviendrait vaniteuse à les entendre l’encenser ? Il la connaissait pourtant suffisamment bien, pour ne pas avoir à s’imaginer de telles choses ! Elle n’avait jamais osé leur poser la question, peut-être un tort de sa part…
Heureusement qu’il y avait tous les autres, Kenneth, son grand-père, sa mère et sa tante qui, quant à eux, ne tarissaient pas d’éloges sur ses progrès et ses capacités. Les Anciens eux-mêmes suivaient ses progrès et ne manquaient jamais, lors de leurs rencontres, de lui répéter combien ils étaient ravis de la compter parmi les Sanguisugas, lui dire combien une femme comme elle était un miracle et un orgueil pour leur espèce... Elle se sentait le cœur en joie en entendant leurs louanges et tellement heureuse de les rendre fiers d’elle et de rendre ainsi honneur à son père et sa mère !
Alors que parfois elle avait des difficultés à se concentrer, se sentant misérable devant un sortilège lui résistant ou encore une potion qu’elle peinait à mémoriser, à mettre en application, penser à sa famille l’encourageait à persévérer dans ses efforts...
Il y avait un autre thème sensible dans sa famille, plus particulièrement pour son père et François… Ses relations avec le sexe opposé ! Elle avait tenté à plusieurs reprises de dissiper les inquiétudes de son père, sans grand succès. Quant à François, elle préférait ne pas aborder ce sujet qui finissait systématiquement en querelle à cause de cette jalousie, qu’elle qualifiait de maladive, et qu’il manifestait à chaque instant. Même si elle flattait son égo féminin, cela lui rendait le quotidien impossible. Elle ne pouvait danser, se promener ou tout simplement discuter avec un homme sans que cela provoque de petites phrases désobligeantes de la part de François. Cela conduisait parfois à une réelle dispute lorsqu’ils se retrouvaient en tête à tête, ce qui, elle devait bien l’avouer, était de plus en plus rare, le fuyant le plus possible.
Grâce à la manière d'être de François avec sa Marquise ainsi que l'attitude des hommes côtoyés, les Vénitiens ou hauts dignitaires étrangers rencontrés lors des soirées données par le Tout-Venise, elle en savait désormais suffisamment sur la fourberie de la gent masculine, qui usait de perfidie tant en paroles qu'en action. Vaste était leur imagination pour tenter d’arriver à leurs fins ! Humains ou Sanguisugas, ils étaient tous identiques, les scrupules ne les étouffaient pas ! Certainement, leur plus grand point commun... Les hommes ne réfléchissaient jamais aux conséquences de leurs actes, aux souffrances que leur attitude pouvait engendrer ! Un héritage qui perdurait malgré la transformation, même si certains ayant la chance de rencontrer leurs moitiés devenaient meilleurs, comme son père et Franck... Les femmes ayant comme héritage la coquetterie et la frivolité se plaisaient à dire sa mère et sa tante lorsqu’elles en discutaient…
Elle passa devant l’Amiral, sans le voir les yeux embrumés de larmes qu’elle ne sentait pas couler, et monta sur le pont arrière du vaisseau ne lâchant pas son sac de voyage, comme un précieux fardeau qu’elle traînait derrière elle. Elle y avait placé les affaires qui étaient à ses yeux les plus précieuses, car les plus chargées en émotions et souvenirs, telle la rose de François... Ses malles avaient été chargées à bord quelques heures plus tôt, elle était alors dans sa chambre, amoureusement lovée entre les bras de François. Elle poussa un long soupir en repensant à ces moments de pur bonheur et d’extase ! Elle sentit ses joues s’embraser tant ce souvenir restait vivace à son esprit.
[1] Navire de transport et de guerre de Venise, plus petit et plus facile à manœuvrer que ceux d’Espagne ou d’Angleterre. Un galion possède 4 ou 5 ponts et est mis en mouvement entièrement à la voile (3 ou 5 selon la taille du bâtiment). Armé ou non, il est en général accompagné par des bateaux plus petits et armés.µ

 

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